Au pied des Pyrénées, un site que l’on croyait condamné a repris vie. Les Forges de Tarbes, nées avec l’arsenal militaire en 1871, incarnent aujourd’hui un retournement industriel brutal, provoqué par la guerre en Ukraine.
Une usine au bord de la fermeture est devenue un maillon stratégique du réarmement européen.
À retenir :
- Une usine historique sauvée par la demande militaire
- Un carnet de commandes rempli pour près de dix ans
- Un outil industriel modernisé grâce à l’État et à un repreneur privé
Des Forges de Tarbes à l’abandon industriel
Pendant un siècle, Les Forges de Tarbes ont façonné l’identité industrielle de la ville de Tarbes. Dans les années 1970, près de 3 000 salariés y produisent obus et pièces d’armement.
Puis la désindustrialisation frappe. Selon Le Monde, la diversification vers le pétrole avec Vallourec n’a pas suffi. Les restructurations s’enchaînent, jusqu’au redressement judiciaire sous Altifort en 2019.
En 2021, le constat est sévère. Ateliers vétustes, machines à bout de souffle, carnet de commandes vide. La fermeture paraît inévitable. Selon Le Monde, l’usine ne survit alors que grâce à quelques commandes résiduelles, sans perspective réelle.
La guerre en Ukraine comme déclencheur industriel
Tout bascule en 2022. L’invasion russe de l’Ukraine transforme la géopolitique européenne… et l’économie locale. Selon Wikipédia, une première commande de 30 000 obus de 155 mm LU211, passée par Nexter à l’automne 2022, agit comme un électrochoc.
Très vite, les volumes explosent. La production passe de 40 000 corps d’obus par an fin 2023 à un objectif de 160 000 pièces en 2025. Les agréments d’exportation obtenus début 2023 sécurisent l’activité sur une décennie.
Selon Challenges, les Forges deviennent un rouage essentiel de la chaîne d’approvisionnement des canons Caesar utilisés par l’armée ukrainienne.
“Sans la guerre, l’usine aurait fermé. Avec elle, elle est redevenue stratégique.”
Europlasma, l’État et le pari de la souveraineté
La relance n’aurait pas été possible sans la reprise par Europlasma. Le groupe investit massivement dans la modernisation. Entre 12 et 15 millions d’euros sont engagés d’ici 2025.
Selon Challenges, l’État français accompagne l’effort avec 7,5 millions d’euros d’avances remboursables, assumant un choix politique clair : sécuriser une capacité industrielle critique.
Sur le terrain, les effets sont visibles. Les effectifs augmentent. Les projets de diversification civile, comme les torches à plasma, sont mis en pause. La défense devient la priorité absolue.
Un technicien confiait récemment : “On a changé de rythme. Avant, on survivait. Aujourd’hui, on produit pour répondre à une urgence.”
Un symbole des nouvelles dépendances européennes
Le cas des Forges de Tarbes pose une question plus large. Faut-il attendre une guerre pour sauver une industrie stratégique ?
Selon Le Monde, la relance tarbaise illustre les fragilités européennes en matière de munitions. Stocks insuffisants, capacités dispersées, dépendance aux crises pour investir.
Pourtant, sur place, le sentiment est ambivalent. La fierté industrielle renaît, mais elle repose sur un conflit meurtrier. Les Forges ont retrouvé un avenir, certes, mais à l’ombre d’une guerre qui redessine durablement les priorités économiques du continent.
Et vous, ce renouveau industriel justifie-t-il selon vous une dépendance accrue à l’économie de guerre ? Le débat est ouvert en commentaire.